Se préoccuper du climat est contre notre nature

Inquiétude pour le climat

Plusieurs études de société menées par Indiville depuis 2014 montrent que le climat fait partie des grandes inquiétudes de la population. Les différentes marches pour le climat et la demande « insistante » pour une vraie politique climatique à l’adresse de nos responsables politiques ne tombent pas du ciel, du moins pour nous en tant que chercheurs.

Dès les premières enquêtes d’Indiville en 2014, il est apparu clairement que quelque chose clochait dans la société. Différents sondages dans les villes faisaient ressortir le climat, la mobilité et la pollution comme des priorités. Nous avons assisté depuis 2014 à l’augmentation du nombre de cyclistes sur nos routes et nous avions déjà prédit en 2014 la « dédieselisation » du parc de voitures de société.

 

Large adhésion

Cela a débouché sur une dichotomie intéressante avec d’une part des citoyens réclamant une politique climatique et de l’autre des responsables politiques estimant qu’il n’existe pas d’adhésion assez large à une telle politique climatique.

Or, adhésion il y a et elle est bien plus large que certains le pensent. Des tables rondes avec 1.000 Belges dans le cadre d’un sondage des citoyens pour l’Union européenne ont permis de constater que chaque sujet abordé, même s’il n’avait à première vue aucun lien avec le climat, donnait lieu à une discussion et des idées sur le climat.

Nous avons, dans le cadre d’une récente étude, demandé à des citoyens flamands (âgés de plus de 18 ans) sur quoi notre société devait le plus travailler. Un peu plus d’un citoyen sur 4 a dans ce cas cité le climat et l’écologie comme principales priorités et 1 sur 10 la nature et les grands espaces. Ces deux aspects représentent 36 % des citoyens qui y voient une priorité absolue et détrônent ainsi la sécurité sociale de la première place.

Sur lequel des points suivants notre société doit-elle le plus travailler selon vous ?

Prioriteiten samenleving

Une autre étude récente menée auprès des millennials belges (18-34 ans) nous apprend que 46 % considèrent le climat, l’écologie et la nature comme des priorités absolues pour notre société. À titre de comparaison, la technologie ne constitue une priorité absolue que pour 6 % des personnes interrogées.

Il ne s’agit naturellement pas d’une histoire typiquement belge et de plus en plus d’habitants dans d’autres pays européens prennent conscience que les changements climatiques constituent une menace sérieuse pour notre société. En 2016, 18 % des citoyens européens considéraient les changements climatiques comme la principale menace pour la société. Ce chiffre était de 26 % en 2017 et il est encore passé à 30 % en 2018.

Au vu de tous les résultats que nous observons aussi dans d’autres études, nous pouvons parler d’une large adhésion dans toutes les couches de la population pour faire quelque chose pour le climat. Et nous avons aussi toutes les raisons de croire que cette adhésion ne fera encore qu’augmenter.

 

 

Difficile dans la pratique

Il y a toutefois un revers à la médaille. L’adhésion à une politique climatique a beau être large, nous ne parvenons pas, en tant qu’individus ou société, à la traduire massivement en actions concrètes. Alors, oui, nous mangeons tous un peu moins de viande et nous faisons plus de vélo. L’énergie retirée des panneaux solaires privés augmente chaque année. Mais ce n’est pas encore assez. À titre d’exemple, 66 % des parents conduisent leurs enfants à l’école en voiture. La provenance et le processus de production n’entrent en ligne de compte qu’à 13 et 11 % respectivement dans le choix d’un produit, contre 74 % pour le prix. Environ 70 % se rendent aussi pratiquement tous les jours au travail en voiture (Febiac, 2019).

Les enquêtes menées par Indiville montrent clairement que nous voulons tous faire des choix durables, mais que cela reste très difficile au quotidien. Pour être honnêtes, nous lisons à peine les informations sur les étiquettes et cherchons encore moins des informations sur le processus de production. À cela s’ajoute le fait que ces informations permettent rarement d’évaluer l’impact de nos choix sur le climat. Les raisins importés de France sont-ils plus durables que ceux importés du Pérou ?

 

Contre-nature ?

Nous sommes en droit de nous demander pourquoi cette large adhésion ne se traduit pas par des comportements concrets. Une des explications est peut-être à chercher du côté de la psychologie de l’individu. Nous ne sommes absolument pas doués pour évaluer correctement une menace qui se profile lentement. Dans l’évolution de l’être humain, les changements climatiques représentent un défi d’un tout autre ordre qu’un prédateur à l’entrée de notre grotte. Et rien n’a changé depuis lors dans notre psychologie. Nous sommes toujours plus prompts à agir sur des menaces de personnes, des choses qui changent brusquement, des choses immorales et des choses qui se passent concrètement.

The biggest problem with climate change may be that it’s not happening fast enough. Americans see climate change as a distant threat, and people underestimate the odds that seemingly distant threats like climate change will hurt any of us personally (Kahneman & Lovallo, 1993).

Ce n’est donc pas un hasard selon nous si les jeunes sont les plus ardents défenseurs du climat. Pour eux, les changements climatiques sont bien plus dans le présent et il s’agit donc de quelque chose de plus personnel. Les jeunes d’aujourd’hui seront peut-être les premiers confrontés aux conséquences dramatiques des changements climatiques.

 

Sources :

http://www.theclimatechat.org/why-dont-we-care-more/

https://indiville.be/wp-content/uploads/2015/12/fleet-profile-infographic-wave-2.jpg (fleet)

https://fietsberaad.be/wp-content/uploads/FietsDNA_2018_A5_lwr.pdf

https://www.milieurapport.be/systemen/voeding/systeemkenmerken/evolutie-van-de-vleesconsumptie-in-belgie

https://www.futech.be/nl/marktcijfers-tonen-gunstige-evolutie-vlaamse-zonnepanelenmarkt/
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